[Critique] Shin Godzilla : petit kaiju deviendra grand

Shin Godzilla (ou Godzilla Resurgence) est le dernier gros bébé de Hideaki Anno et Shinji Higuchi. Cette nouvelle aventure de kaiju est disponible depuis le 25 juillet 2016. Plus reboot de licence qu’une suite, ce long métrage a de quoi étonner dans tous les sens du terme !

Cela faisait des années que nous attendions des nouvelles du grand, de l’incroyable, du magnifique Hideaki Anno et j’avoue ne pas être déçue ! Pour les deux du fond, Hideaki Anno est le créateur de la célèbre série Neon Genesis Evangelion. Pour Shin Godzilla, le bougre fait de nouveau la paire avec le scénariste Shinji Higuchi avec qui il avait déjà travaillé sur Evangelion en 1995.

Avec Shin Godzilla, nous sommes face à un projet de reboot monstrueux qui m’a fait penser autant à un très bon épisode d’Evangelion qu’à un documentaire ultra réaliste sur l’arrivée d’une menace inattendue et la riposte du Japon. Ici, pas de kaiju au rabais, pas de combats ridicules, non. Le personnage principal du film n’est pas Godzilla mais un simple humain qui se retrouve confronter au monstre qu’est surtout… la bureaucratie japonaise !

 

Une critique du Japon

Hideaki Anno s’est grandement amusé avec Shin Godzilla à se moquer de l’immobilisme du Japon et de sa bureaucratie. Alors oui, le pitch de base reste toujours le même : Godzilla débarque de nul part, casse tout sur son passage et force le Japon à recourir à des mesures militaires qui traumatiseront le pays pendant longtemps. Le film baigne globalement dans la sauce nippone que vont adorer les amateurs de films de monstres, mais pas seulement !

Ici, la réalisation est digne d’un film d’action américain, je m’explique. Rando Yaguchi (le personnage principal), secrétaire du chef du parti du gouvernement, se retrouve du jour au lendemain confronté à l’horreur. Un monstre arrive, personne ne sait ce qu’il veut, la bureaucratie se paralyse à mesure que le monstre s’amuse au Japon. Hideaki Anno nous noie sous des détails, des personnages à n’en plus finir, des dialogues à rallonge qui nous font comprendre qu’il sera très difficile de se sortir de cette situation. On nous le répète à coup de grands gestes, de silences gênés, de dialogues furieux, que le Japon n’a jamais envisagé qu’une telle menace pouvait être réelle.

Shin Godzilla

Alors le Japon se fige puis tente de riposter comme il peut, à coup d’idées préconçues comme envoyer les militaires éclater la tronche du kaiju ou bien faire appel aux autres pays pour résoudre la crise. Vous verrez, la solution proposée par les USA est extraordinaire ! Impossible de ne pas d’abord se prendre à la figure le traumatisme Hiroshima et Nagasaki avec l’effroi de la guerre. Mais on repense à Fukushima, une catastrophe nucléaire qui n’était pas l’œuvre d’un quelconque ennemi et qui a ébranlé la confiance que portait le Japon en cette source d’énergie. Surtout parce qu’ici (comme souvent en fait) Godzilla semble être un monstre créé par les humains à cause des déchets nucléaires jetés en mer.

 

Évoluer ou mourir

Comme pour Fukushima nous faisons face à un gouvernement dépassé par les événements, qui ment avec conviction et un peuple totalement terrorisé. Ne reste face à cela que des héros ordinaires qui vont absolument tout faire pour stopper la menace ou au moins la contenir et préserver ce qui reste du Japon et de sa population. Faisant fi des dangers, des interdictions et des dead lines de folie, un petit groupe composé de scientifiques, d’analystes et jeunes politiques, mené par Rando Yaguchi, se met en branle.

Ici, Godzilla a plusieurs formes : il arrive d’abord tel une grande vague qui dévaste tout (comme le tsunami de Fukushima tiens, étrange …) sous la forme d’une espèce de crocodile plutôt passif ne sachant pas trop quoi faire de ce nouveau territoire, tout comme le Japon ne sait d’abord pas quoi faire de ce nouvel ennemi. Puis, Godzilla file se cacher (toujours comme le Japon) pour revenir un petit peu plus fort et bien déterminé à casser la gueule de tout ce qui passera devant lui.

Seulement voilà, après l’apathie il est temps que nos héros se révèlent ! Exit alors les institutions et les traditions, ce sont les « petits jeunes » qui réussissent à trouver la solution qui va permettre de faire face à ce terrible Gojira. Là encore Hideaki Anno nous balance à la figure une belle critique du pays. Il faudra sortir des habitudes, du carcan d’un système archaïque et faire appel au monde entier pour réussir à se sortir d’une situation impossible. Avec Anno il faut accepter d’évoluer ou bien se résoudre à mourir.

Shin Godzilla

La part belle est faite à la collaboration avec les autres pays du monde entier. On le comprend bien, il est fini le temps où le Japon pouvait régler son compte à Gojira sans avoir à appeler à l’aide. Soucieux de faire en sorte que Shin Godzilla ait un air de superproduction plutôt que de film classique japonais, Anno fait des USA l’allié de choix pour ce reboot. Ce sont les États-Unis qui envoient leur émissaire féminine Kayako Anne Patterson. Pour la petite anecdote, ce personnage est joué par Satomi Ishihara (Attack on Titan, Monsterz, etc.) qui a avoué avoir mis du temps avant d’accepter le rôle car il y a beaucoup de dialogues en anglais et que son accent est dégueulasse.

Ce sont aussi les États-Unis qui trouvent le nom de « Godzilla », faisant ainsi passer le kaiju au rang d’icône internationale. Bien entendu, l’omniprésence de l’aide américaine permet au héros japonais de briller par ses prises de positions et sa volonté flagrante de régler le problème à sa façon sans attendre de feu vert. Certains pourrait penser que Shin Godzilla est un brin nationaliste car on met plutôt en lumière les décisions de l’équipe japonaise, mais je ne suis pas spécialement de cet avis.

 

Godzilla au numérique

Si Shin Godzilla fait la part belle aux films de l’ère Showa, Anno fait tout de même le choix de révolutionner le tout en proposant un monstre travaillé exclusivement au format numérique. Il n’y a donc plus de maquettes ni d’hommes en costumes de latex. Le réalisateur a expliqué qu’à l’heure actuelle, pour faire un film crédible, il était impossible de recourir à des techniques cinématographiques datées. Force est de constater que le choix d’Anno est plutôt bon et permet à Shin Godzilla de n’avoir rien à envier au Godzilla de Gareth Edwards sorti en 2014.

L’utilisation du numérique et de la Motion Capture permet ainsi d’avoir des environnements plus vrais que nature. Cela donne aussi à Anno la possibilité de créer le plus grand Godzilla en le faisant culminer à 118,5 mètres ! Du jamais vu ! Ce dernier souhaitant proposer le Godzilla le plus effrayant que le cinéma n’est jamais porté. Encore une fois, cela nous ramène aux traumatismes du nucléaire. Les anciens films de Godzilla étaient des allégories des guerres humaines, nous proposant donc un monstre à notre portée. Ici, Godzilla est une menace bien plus terrifiante car incontrôlable et donc immense. Comme Fukushima, nous avons affaire ici à une situation imputable à l’homme mais aussi à l’environnement et à la nature qui a permis d’engendrer une situation violente qui ne peut être résolue avec des dialogues, des échanges ou une capitulation.

Shin Godzilla

Shin Godzilla, une réussite

Je refuse de vous spoiler quoi que ce soit et ne m’attarde donc pas sur les évolutions du gros kaiju qui fait battre mon kokoro, alors même qu’il a plus de 60 ans. Shin Godzilla est un long métrage de 2h assez verbeux mais il vaut vraiment le coup ! Ce dernier nous force à constater que le Japon / Le Monde aurait bien du mal à gérer une aussi grande menace même en 2016. Le duo Anno/Higushi fonctionne toujours aussi bien, la photographie est extraordinaire et les acteurs convaincants. Godzilla est toujours aussi touchant. Je regrette de n’avoir pas eu de distribution (ou si peu) au cinéma pour apprécier le tout sur grand écran. Vous pourrez toujours trouver les versions DVD et Blu-ray dans vos drogueries habituelles. 

Nova

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