[Portrait] Stephen King : l’horreur à l’honneur !

Vous le savez, chez BDN, on touche à tout. Les jeux vidéos, fer de lance du blog, côtoient les cousins des jeux de société, en harmonie avec la musique et plein d’autres sujets plus passionnants les uns que les autres. Alors aujourd’hui, on va faire une petite excursion dans des domaines moins connus, et on va commencer par un quizz. Quel est le point commun entre l’écrivain Maxime Chattam, la série Stranger Things, et l’auteur de ces lignes ? Facile, sans l’homme dont nous allons parler ici-même, vous n’auriez jamais entendu parler d’eux ! 

Généralités obligatoires

Vous l’avez deviné, le sujet de notre intérêt est donc Monsieur Stephen King. Si ce n’est pas le cas, il fallait lire le titre, un indice s’y était caché très discrètement ! Une présentation du bonhomme est-elle nécessaire ? Oui, évidemment, j’en vois quelques-uns, au fond là-bas, qui ne tremblent pas assez fort. Pour ces retardataires, petite piqûre de rappel :

Stephen King, né en 1947 à Portland dans le Maine, est un écrivain américain dont la spécialité est la fiction d’horreur. Il est l’un des auteurs les plus prolifiques de sa génération, avec près de 60 romans, une dizaine de recueils comportant plus de 200 nouvelles, et 2 essais à son actif. Pour le meilleur comme pour le pire, il est également l’un des écrivains les plus adaptés au cinéma et à la télévision. Recensons pêle-mêle ensemble quelques-uns de ses plus grands succès littéraires : CarrieShining, Ça, La Ligne Verte, et la saga épique de La Tour Sombre. Maintenant que l’on s’est tous remémoré les frissons qu’il nous a procuré, intéressons-nous tout particulièrement à quelques thématiques plus précises, et moins connues.

 

Au-delà de l’horreur

Nous connaissons tous son penchant pour écrire des histoires qui font peur, certes. Mais l’oeuvre du Maître ne se résume pas à ça, bien heureusement. Écartons quelques minutes les récits horrifiques de sa bibliographie, et regardons ce qu’il reste dans le tamis.

Bien que le fantastique soit encore présent, par petites bribes, il a écrit une des histoires les plus touchantes du XXè siècle avec un roman en 6 épisodes, La Ligne Verte. Dans cet ouvrage, nous suivrons un passage de la vie de Paul Edgecombe, gardien de prison en charge des condamnés à mort, qui va voir son monde bouleversé par l’arrivée de John Caffey [comme le café, Boss, sauf que ça s’écrit pas pareil]. Combien de larmes ont été versées sur ce drame, à tel point que l’histoire a dépassé l’auteur ?

Touchantes également, les histoires de Dolores Claiborne, accusée d’un crime qu’elle n’a pas commis, de Jessie, prisonnière menottée à un lit dans une cabane isolée dans les bois, et de Rose Madder, fuyant son mari violent. Ce triptyque de romans, complété plus tard par L’Histoire de Lisey, montre de belle manière le côté féminin de Stephen King, dont le respect des femmes n’a d’égal que son amour envers le beau sexe.

N’oublions pas Cœurs Perdus en Atlantide, véritable ode aux années 60 de sa jeunesse, où les trois grands Âges de la vie sont dépeints au travers de personnages hétéroclites, tous reliés par Carol Gerber, personnage secondaire mais tellement principal par de nombreux aspects.

Stephen King bubble
Etes-vous prêts à rentrer dans ma bulle ?

Stephen King : touche-à-tout de première !

Tour à tour écrivain de fiction, poète, témoin des joies et dérives de son époque, le Maître a de nombreuses autres cordes à son arc, et ses flèches font généralement mouche.  Ainsi, lorsqu’il n’est pas en train de nous faire flipper avec des clowns dans les égouts, ou des monstres sous le lit, Stephen King n’hésite pas à revêtir de temps en temps des casquettes diverses et variées :

Scénariste :

Au cours de sa carrière, il a signé ou co-signé une vingtaine de scénarios, principalement horrifiques et/ou fantastiques. Mentions spéciales au chef-d’oeuvre La Tempête du Siècle, diffusé en 2 parties sur M6 dans les années ’90, et à la mini-série, beaucoup trop courte, Kingdom Hospital, librement inspirée de L’Hôpital et Ses Fantômes, de Lars Von Trier. Pour les fans absolus de Michael Jacksonsachez que le King of Terror a signé pour le King of Pop le scénario du mini-film Ghost, recensant plusieurs clips du talentueux chanteur.

Acteur :

Comme un autre Maître en son temps, en la personne d’Alfred Hitchcockil n’est pas rare de voir le King devant la caméra, jamais longtemps, pour des caméos. Comme pour les scénarios, il apparaît principalement dans les adaptations de ses œuvres (Simetierre, Les Langoliers,  etc..) , mais il n’hésite pas non plus à venir se greffer aux projets de copains, prêtant ainsi sa voix à son avatar dans les Simpsons, de Matt Groening, ou encore tournant une petite séquence pour les Sons of Anarchy de Kurt Sutter.

Réalisateur :

On le sait peu, et c’est un élément que même lui préfère occulter, mais Stephen King a réalisé un film, en 1986, intitulé Maximum Overdrive. Un navet, une bouse infâme, un nanar monumental, qui n’a pour lui que peu de choses. Hormis la musique, délivrée par un petit groupe australien relativement peu connu, AC/DC, quasiment tout est à mettre au rebut dans cet ersatz de film. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’auteur/scénariste/réalisateur/acteur lui-même.

En tant que groupie, l’auteur de cet article a cependant une tendresse particulière envers ce long-métrage (trèèèès loooooong à encaisser), la même tendresse qu’une mère éprouve en recevant le traditionnel collier de macaroni de la fête des mères. C’est moche, ça ne sert à rien, ça va rester des années dans le tiroir, voire à la poubelle, mais l’intention était là.

Musicien : 

L’intérêt de l’écrivain pour la musique n’est plus à prouver. La majorité de ses romans comporte, pour qui sait écouter avec les yeux, une bande son résolument rock’n’roll, avec quelques accointances pour la folk traditionnelle. Etant un enfant des fifties et sixties, Mr King a particulièrement été emporté par la vague rockabilly, emmenée par Elvis Presley (encore un King ??) Chuck Berry, Gene Vincent, Eddie Cochran et bien d’autres ! Plus tard, le rock’n’roll se durcit, et le jeune écrivain suit le mouvement. The Who, AC/DC, ZZ Top résonnent en lui comme en de nombreuses personnes.

De fait, vous sera-t-il si étonnant d’apprendre que le bonhomme a lui aussi, en son temps, empoigné une guitare ? Plus insolite, il a tenu le rôle de guitariste rythmique dans le groupe des Rock Bottom Remainders, de 1992 à 2015. Ce groupe est composé principalement d’écrivains américains, qui « font de la musique comme Metallica écrit des romans ». Notons la présence de Matt « Les Simpson » Groening dans la formation.

Rock Bottom Remainders at ALA 2012

Stephen King sings ‘Hey Little Girl » at the final Rock Bottom Remainders performance.

Rattrapé par ses démons

Ne laissons pas notre fan-attitude nous mettre des œillères. Si le talent du Maître a été récompensé par un énorme succès populaire, l’auteur a traversé comme tout un chacun de mauvaises passes. De longues années noires, pourrait-on dire. Durant la majorité des années 80, Stephen King  a souffert d’une sévère dépendance à l’alcool, auquel il ajoutait cocaïne et médicaments. Bien que ce style de vie ne l’empêchait en aucun cas d’écrire à son rythme effréné habituel, il a pourtant eu des conséquences sur sa vie personnelle et littéraire. Il l’avoue bien volontiers aujourd’hui, il n’a que de très fugaces souvenirs de la rédaction de Cujo, étant dans un état second quasi 24h/24. Sa sobriété retrouvée dans la fin des années 80 lui a également fait connaître le fameux « blocage de l’écrivain », empêchant toute publication avant 1988.

Survient enfin le 19 juin 1999, le jour où tout a basculé. Victime d’une collision avec une camionnette, il frôle la mort, ce sujet qu’il a dépeint de nombreuses fois dans son oeuvre. Révélation, épiphanie, sa survie providentielle l’encourage à mettre un terme à certains projets repoussés depuis trop longtemps, comme la saga de La Tour Sombre, toujours inachevée. Cet accident reviendra énormément dans ses productions suivantes comme un élément essentiel de certains romans. Dreamcatcher, les épisodes finaux de La Tour Sombre, et sa mini-série Kingdom Hospital en sont de parfaits exemples.  Petite anecdote marrante, Stephen King connaissant ses fans, pour le moins passionnés et attirés par le morbide, il a racheté lui-même la camionnette qui l’a percuté pour la détruire, évitant ainsi une vente aux enchères possiblement très lucrative.

Philanthropie et humilité

Il nous est important de préciser que Stephen King est un personnage public fascinant, mais également un homme privé avec le cœur sur la main. Peut-être est-ce dû à son début de carrière chaotique, ou à son éducation maternelle, ou tout simplement parce qu’il est comme ça, mais le fait est là.  Par où commencer, tellement le sujet est vaste ?

Engagement culturel

On ne compte plus les millions de dollars dépensés dans la bibliothèque de Bangor, pour réparer le toit, pour construire une nouvelle aile flambant neuve. La bibliothèque municipale, dès qu’elle est dans le besoin, sait qu’elle aura toujours le soutien moral et financier de Stephen et Tabitha King, qui auront toujours à cœur de privilégier l’accès à la culture pour tous.

L’école où ont étudié ses trois enfants a également bénéficié de sa générosité, qui a permis notamment la création d’un théâtre, nommé en l’honneur de sa mère.

Véritable passionné, l’auteur n’hésite jamais à soutenir les libraires indépendants face aux grosses machines de grande distribution. Ainsi, pour la sortie du roman Insomnie, il a traversé les Etats-Unis sur sa fidèle Harley Davidson pour une tournée de lectures et séances de dédicaces dans de petites structures.

En tant que fan absolu de base-ball, le Maître est également un généreux donateur à la ville de Bangor pour bâtir un nouveau stade et pour le rénover.

Stephen King Clown It
Viens, Georgie, on flotte tous en bas !

Priorité aux enfants

S’il les met parfois dans la tourmente tout au long de son oeuvre, Stephen King a toujours un cœur d’enfant mêlé à un compte en banque d’adulte ayant réussi. De fait, la fondation qu’il a créée avec sa femme reçoit chaque année 10% de leurs revenus totaux, qui sont redistribués dans une multitude d’associations caritatives. Ces fonds servent en priorité à soutenir et aider le système éducatif et médical de l’Etat du Maine, donnant accès aux soins et à la culture aux plus démunis.

Il a également contribué à créer une nouvelle unité pédiatrique à l’hôpital de Bangor.

L’humilité à son paroxysme

Comme indiqué en début de section, peut-être que ses débuts chaotiques sont à l’origine de cette générosité. Stephen King aura toujours en mémoire que son succès, commencé avec le livre Carrie, aurait pu ne pas se trouver au rendez-vous. Si sa femme n’avait pas trouvé et lu le manuscrit qu’il avait jeté rageusement dans la corbeille, le roman qui a tout déclenché n’aurait jamais vu le jour. Avant la première avance pour ce livre, il était obligé de cumuler deux, voire trois boulots en même temps pour joindre difficilement les deux bouts. Certains de ces métiers ont servi de fond à de nombreuses nouvelles ou romans.

Toujours étonné de constater qu’il fait autant d’émules, l’écrivain se considère pourtant comme « l’équivalent littéraire d’une grande frite et d’un Big Mac ».  Et lorsqu’on lui demande de raconter une « journée type d’écrivain d’horreur à succès », voici ce qu’il répond :

Mes journées n’ont rien d’extraordinaire. Je me lève et je prépare mon petit déjeuner. Comme je suis toujours aussi amoureux de ma femme, je lui prépare le sien également. Ensuite je vais sortir le chien, puis je traverse mon terrain pour aller dans mon atelier d’écriture. Plus tard dans l’après-midi, je vais faire mes courses à pied. Et je me fais ronchonner par ma femme quand j’oublie le pain. Vous voyez, je suis comme tout le monde !

 

Dollar Babies

Imaginons un instant que vous soyiez réalisateur en herbe. Dans une école de cinéma, par exemple, avec des projets de fin d’année. Et imaginons maintenant que vous souhaitiez mettre à l’écran une nouvelle du Maître. Figurez-vous que c’est tout à fait possible, pour la modique somme de 1 dollar ! En effet, Stephen King a mis en place un système particulièrement intéressant et désintéressé. Appelé Dollar Babies, ce système permet à tous les aspirants réalisateurs d’adapter en court-métrage une de ses nouvelles pour 1 donner. L’offre est soumise à seulement deux conditions, ne pas distribuer le film à titre commercial, et envoyer une copie à l’auteur lui-même.

Parmi les nombreux bénéficiaires de ce système, citons notamment Frank Darabont. Oui, le réalisateur de La Ligne Verte, des Evadés, et de The Mist, qui figurent à ce jour parmi les meilleures adaptations cinématographiques de l’univers King-ien. Rien que ça !

En concluture

Vous l’aurez compris, on ne pourra que vous encourager à plonger dans l’imagination débordante de Stephen King. Par la diversité de ses œuvres, vous avez 100% de chances de tomber sur quelque chose qui vous plaira. Son sens de la narration, et ses personnages particulièrement réussis vous feront chavirer à coup sûr. Comme il le dit lui-même, son but est de « placer des personnages ordinaires dans des situations extraordinaires« .

Au-delà de ses livres, on trouvera également quelques pépites dans certaines adaptations ciné ou télévisées. Déjà citées, celles de La Ligne VerteLes EvadésMaximum Overdrive, euh… La Tempête du Siècle, plutôt, valent leur pesant de cacahuètes. Mais il serait injuste de ne pas inclure Misery et la performance dantesque de Kathy Batesle très dérangeant Un Elève Doué de Bryan Singer avec un Ian McKellen époustouflant, ou encore La Part des Ténèbres, par un autre grand nom de l’horreur, George A. Romero.

L’écrivain ayant eu des influences sur énormément d’artistes, il y a fort à parier que, sans le savoir, vous ayez déjà mis un pied dans son univers. Alors, qu’attendez-vous pour franchir ce dernier pas ?

Soyons poétiques un léger instant. Stephen King est un homme qui a tellement inspiré que lorsqu’il expirera, le monde en tremblera et ne se remettra jamais du choc.

On laisse au Maître le mot de la fin :

Lorsque je vais me coucher, je fais toujours attention à bien mettre mes deux pieds sous le drap. Comme ça, aucun monstre ne pourra m’agripper la jambe. Je sais pertinemment qu’il n’y a aucun monstre sous mon lit, évidemment. Mais je sais aussi que si je prends garde à mettre mes pieds sous les draps, il ne pourra jamais m’attraper…